Xenosaga était un projet ambitieux qui devait regrouper six épisodes. Il n’y en eu que trois, de qualité très inégale, et ce malgré une trame scénaristique encore jamais égalée. Cependant, il y a un point où la série n’a jamais déçu : la musique. Le troisième opus de la saga (l’un des meilleurs RPG de l’année 2006 par ailleurs) se voit affublé d’une des plus belles OST ayant existé, en cohérence avec la grandeur du soft. On le doit à une femme : Yuki Kajiura.
Destinée à composer.
Née le 6 août 1965 à Tokyo et se passionne pour l’opéra et la musique classique, suivant les pas de son père. Faisant de cette passion sa vocation elle devient compositrice. Si elle crée le groupe pop-rock nippon See-Saw en 1992, elle taille sa réputation en signant des OST d’animés (Tsubasa Chronicle, Gundam Seed, NOIR...) ou de jeux vidéos (Xenosaga II et III).
L’influence classique se ressent dans ses œuvres pour lesquelles elle aime utiliser les chœurs de femmes, en plus d’instruments comme le piano ou le violon, donnant un côté lyrique à ses compositions. La mélancolie, la tristesse et la nostalgie semblent plus particulièrement se dégager de ses musiques. Cette OST n’échappe pas à la règle.
Des partitions qui collent à la peau... des personnages.
Xenosaga III ne fait pas exception à la règle. Il faut dire que le style de Y. Kajiura se prête bien à l’ambiance du soft, qui se révèle sombre, et qui est basé sur les théories de Fred sur l’enfance et les souvenirs. Ainsi, deux thèmes ressortent de ce contexte : Febronia et Hepatica. Le premier existe en deux versions le deuxième en trois, correspondant à des situations dans le jeu plus ou moins intenses. Il faut savoir que Febronia est une servante ayant protégée Shion (l’héroïne du jeu) et qui meurt tuée par ses congénères (tuer étant le terme le moins fort que l’on puisse trouver quand on voit la cinématique). Le thème Hepatica se réfère à KOS-MOS, l’androïde se battant aux côtés de Shion dans le jeu mais qui représente aussi le passé dans la mesure où elle a été créée par Kevin, son ex-petit ami, mort lui aussi.
Le ton de cet OST est définitivement larmoyant. Néanmoins, certains thèmes apparaissent rythmés. Bien entendu, le thème des combats fait partie du lot mais on retiendra surtout We’ve got believe in something qui reprend une nouvelle fois les chœurs, mais utilise plutôt des instruments à corde et à vent, avec quelques incursions électroniques également très appréciées par miss Kajiura. Godsibb s’inscrit dans le même style, les chœurs en moins.
On retiendra par ailleurs les thèmes I love you, sincerely et Mother, I miss you qui interviennent à des moments cruciaux dans le jeu, et qui reprennent parfaitement les émotions ressenties par Shion. Enfin, soulignons la composition T-Elos (anti-thèse parfaite de Hepatica), dynamique et guerrière, à l’image du personnage éponyme, version beaucoup moins pacifique que KOS-MOS, et Testament, qui porte bien son nom, au regard des sonorités macabres utilisées mais qui expriment en même temps le regret en harmonie elle aussi avec les personnages qu’elle évoque.
Sans même jouer à Xenosaga III, Yuki Kajiura nous transpose dans l’univers du jeu grâce à ses morceaux de haute volée. Sans ces musiques le jeu serait amputé d’une grande partie de sa saveur, un peu à l’image du travail de John Williams pour un certain nombre de productions cinématographiques, et si la perfection n’existe pas, Kajiura s’en est fortement approché et c’est avec plaisir que nous attendons ses futures compositions.