Aaaah l’adolescence! L’acné, les problèmes au collège, les questions existentielles, les remises en cause de l’autorité parentale, la découverte de la sexualité et des rêves plein la tête. Parmi ces rêves, l’un d’eux est commun à bon nombre de jeunes garçons qui, voyant la gente féminine se pâmer devant ce qui ressemble à un musicien, se jurent qu’eux aussi ils en seront ; parce qu’ils le valent bien.
Une édition de fans.
Tanaka Yukio a 14 ans et s’ennuie mortellement en cours. Sans talent particulier, il traverse son adolescence comme un fantôme, transparent aux yeux de ses camarades de classe inexistant à ceux de la société. Le but de sa vie : aucun. Vivre. Attendre. Mais attendre quoi?
Et puis ce qu’attendait Yukio arrive enfin, un soir, après s’être fait rosser par des voyous - une fois encore - quand il rencontre un drôle de type, vraisemblablement étranger, qui trimbale avec lui un clebs immonde, improbable patchwork de plusieurs races. En aidant ce chien poursuivi par des garnements Koyuki comme l'appelle ses amis ne sait pas encore que son destin se joue alors...
Beck, issu du manga éponyme de Harold Sakuishi (en parution chez Delcourt), est édité en France par un Kaze apparemment ravi d’en détenir les droits et qui, en plus d’une version simple, offre aux fans une édition collector de toute beauté.
Voyez un peu : en plus des deux galettes renfermant en tout neuf épisodes, le premier volume propose 10 cartes collector, 3 transferts pour T-shirt, un porte-clef officiel de Beck et l’indispensable livret de 20 pages. En dehors d’une boite en carton aussi jolie que stupide dans sa conception - je sais pas comment vous décrire ça, puisque la boite des DVD est elle-même enfermée dans le coffret principal avec une ouverture se faisant en sens inverse, si bien qu’ôter lesdits DVD sans abîmer le packaging relève de l’exploit sportif - on ne peut rien reprocher à Kaze.
En sus de l’habituelle et surtout indispensable VOST, cette série propose une version française en stéréo. Beck met en scène des protagonistes bilingue (anglais/japonais) et si sur le plan de la traduction la VF s’en tire avec les honneurs, l’accent anglais de certains doubleurs prête à sourire. Pour les plus indulgents la langue de Molière suffira pour les pointilleux, un retour salutaire à la VO se fera sentir.
Une technique qui fera débat.
Beck raconte l’histoire de la création d’un groupe de rock et la musique est omniprésente durant tout l’animé. J’en vois déjà parmi vous qui s’imaginent en face d’une sorte de Lucille, Amour et Rock’n’Roll (anciennement Lucille, Embrasse-Moi mais AB est passé par là). Que nenni. L’animé ne verse jamais dans la larmoyante shojo-attitioude que l’on pourrait redouter. A l’inverse il dépeint de façon assez juste les difficultés que rencontres les ados pleins d’utopies qui s’imaginent percer dans la musique.
La série dresse parfois un portrait sans complaisance, mais sans véhémence non plus, sur les travers de la société des jeunes japonais. Une fois encore la production nippone aime à proposer plusieurs niveau de lecture : comme souvent on assiste à des violences physiques et morales entre collégiens, voire du racket. Les parents ne sont pas montrés, bien que présents, comme s’ils vivaient dans une autre réalité que celle des ados de l’animé.
Rien de prise de tête cependant, puisque la vocation de Beck est avant tout de distraire. Les différents personnages ont une densité et un caractère bien défini, souvent bien trempé d’ailleurs et c’est un plaisir de les retrouver d’épisodes en épisodes.
Si l’histoire n’est pas palpitante (au regard d’autre production de la japanim’ s’entend), le scénario est suffisamment bien ficelé et le ton léger de bon aloi pour accrocher l’auditoire en l’évitant de sombrer dans l’ennui. L’exercice est d’autant plus facile que cet animé ne manque pas de caractère : par son côté Rock assez prononcé qui met la patate dès le générique d’intro avec "Hit in the USA" de Beat Crusaders et par son couple dessin/animation résolument moderne.
MadHouse, qui reste à mes yeux l’un des studios d’animation de tout premier plan à ce jour, c’est encore illustré et de la plus belle des manières. Non content de constamment être à l’origine d’une pléiade de chef-d’œuvres (Gunslinger Girls, Monster pour les séries et Tokyo Godfathers, Magnetic Rose du Memories de Katsuhiro Otomo pour les films, par exemple), les graphistes ont eu la bonne idée de prendre à contre-pied la production actuelle en proposant un dessin clairement épuré, à la limite du bâclé diront les langues de serpent, qui offre deux avantages majeurs.
En plus de coller à la série par son aspect très jeuns’, le parti pris de MadHouse autorise des animations étonnantes, elles aussi en rupture avec ce qui ce fait aujourd’hui. Le rendu est groovy et sexy... ou complètement intolérable pour certain, j’en ai peur.
J’ai choisi mon camp, car Beck est l’une des révélations de cette année. Certainement pas le plus transcendant des animés ou le plus impressionnant, il est sans aucun doute possible l’un des plus frais et pourquoi pas l’un des plus honnêtes qu’il m’ait été donné de voir.
La série complète est composée de trois coffrets collector avec toujours une foultitude de goodies. Le troisième volet est à paraître en octobre et je vous recommande chaudement, ne serait-ce que par curiosité, de visionner quelques "lives" - ainsi sont appelés les épisodes – afin de vous forger votre opinion. |