Il est des claques mémorables : celle qu’infligea en son temps Samurai Champloo aux fans de japanim’ laisse encore des séquelles. Première série du studio Manglobe, elle permit de confirmer le talent de l’équipe qui avait œuvré sur Cowboy Bebop. Difficile de ne pas décevoir après de telles licences. Scepticisme naturel. Après de telles réussites, comment se renouveler? Comment parvenir à faire aussi bien ou rêver à mieux? Voulez-vous que je vous dise? Le génie de certaines personnes est écœurant : ils ont remis ça.
Aucune approxymation.
Romdo : cité dôme, oasis pour l’Homme, abri ultime contre l’air vicié qui s’étend sur la planète. Ici, tout humain dispose d’un Entourage, une forme de compagnon androïde connu sous le nom d’Autoreiv. Devenir un citoyen modèle de cette ville forteresse est le souhait de nombreux immigrants. Mais les places sont chères, la sélection impitoyable.
Vincent Law attend son heure dans l’antichambre du doute, jusqu’à l’entretien qui lui permettra d’accéder à ce statut. En gage de bonne volonté, il trime, sans relâche, traquant le moindre Autoreiv infecté par le virus Cogito. Atteint de ce mal, l’Entourage de n’importe quel citoyen semble répondre à sa seule volonté. Une menace pour cette société où tout est formaté, encadré, géré avec autorité par le maire et son conseil.
Dans une sphère plus aisée de cette société évolue Re-l Mayer, petite fille du maire, elle travaille pour le bureau des renseignements. Curieuse insatiable et rebelle invétérée, elle titille souvent son grand-père en remuant un peu la merde qu’elle trouve, histoire qu’une odeur de fange arrive jusqu’à ses vieilles narines. Mais alors qu’elle enquête sur le Cogito, une entité l’attaque à deux reprises : le Proxy. Les indices laissés par la chose ne tardent pas à mener la jeune femme sur les traces d’un certain Vincent Law...
Ergo Proxy, c’est d’abord un personnage : celui de Re-l Mayer. Chara design génial de Naoyuki Onda qui permet à la demoiselle de figurer en tête de l’interminable liste de personnages féminins les plus charismatiques de l’animation japonaise. S’inscrivant dans la mouvance des héroïnes gothiques classes et sexy, elle fait inévitablement penser à Sélène d’Underworld ou encore Trinity de Matrix. Elle partage avec elles cette détermination empreinte de fragilité que traduit sans mal son regard troublant, de bleu nimbé. Un régal d’esthète.
Les autres protagonistes, même s’ils ne peuvent prétendrent à autant d’attention de la part de leurs géniteurs, ne sont pas en reste pour autant : mention spéciale aux Autoreivs dont le visuel retro-futuriste abouti en ferait presque une race extra-terrestre.
Ergo Proxy c’est aussi une mise en image maîtrisée : le trait du dessin est sans faille, les intervenants évoluent dans des décors d’une beauté hallucinante, la photographie est en tous points remarquable et l’animation de haute volée. Tout est sous contrôle.
Dans le gigantisme de cette cité macrophage, la richesse des éclairages dénote d’une recherche artistique maniaque afin de retranscrire au mieux le sentiment d’oppression palpable chez les protagonistes. Le cadrage chirurgical des scènes se charge de magnifier l’ensemble conférant à la série une Blade Runner touch jouissive. Du grand art.
Ergo Proxy c’est encore une histoire captivante savamment distillée au travers de scènes qui rappellent toujours davantage les meilleurs thrillers. Un script malin de Dai Sato qui donne toute latitude au metteur en scène Shukou Murase (qui a d’ailleurs travaillé dans une série à l’atmosphère assez proche, Witch Hunter Robin). Un travail d’équipe bien huilé qui rend rapidement drogué au Proxy.
De son côté, le générique d’ouverture est une splendeur artistique que le titre de Monoral, "kiri", épouse littéralement. Une intro qui œuvre comme un véritable porte-parole de ce qu’est l’anime : un divertissement d’adultes, un spectacle de qualité avant tout. Pour parfaire le tableau, le titre "Paranoid Android" de Radiohead enrobe de mélancolie les crédits en fin d’épisode. Et la musique est présente tout au long de la série, avec les partitions d’Yoshihiro Ike qui soulignent l’action avec discrétion tout en se montrant indispensables tant elles participent à l’ambiance lourde ou baroque des différentes séquences.
Ergo Proxy c’est enfin cela, un mélange techno-religieux à forte tendance cyberpunk, mâtiné de spleen, dans un univers surprenant, parfois décalé, toujours stylé et de bon goût : un trafic d’influences qui envoûte et subjugue dès les premières secondes.
VF : vraiment fantastique.
C’est Dybex qui édite chez nous ce joyau. Pour l’occasion, les coyotes ont mis les petits plats dans les grands et nous offrent une image digne d’éloges. Encore heureux car, avec une telle profusion de séquences à l’éclairage tamisé, un transcodage approximatif eut ruiné la série. La compression est légère et le bruit numérique tout juste perceptible. Et pourtant...
Et pourtant, en sus des cinq premiers épisodes, ce Meditationes 001 comme l’a nommé l’éditeur, nous offre pas moins de quatre pistes sonores. Deux pistes VO et deux VF, toutes deux aux formats 5.1 et 2.0. Belle réussite.
Les fans redoutent toujours les VF. L’expérience leurs donnant souvent raison comment les en blâmer? Sauf que dans le cas qui nous intéresse, l’adaptation française est juste énorme. Au risque de me faire des ennemis je la trouve supérieure à la VO. La belle Re-l est doublée avec bonheur par une Hélène Bizot (la voix française du Major Motoko Kusanagi dans Ghost in th Shell - SAC) au meilleur de sa forme. Il faut admettre que son timbre glacial et déterminé fait merveille dans la bouche de l’héroïne tandis que la voix originale apparaît bien plate en comparaison. Mais le casting de rêve ne s’arrête pas là et l’on retrouve d’autres doubleurs connus à l’image de Taric Mehani (Kenzo Tenma dans Monster) dans la peau de Vincent Law ou encore Frédéric Cerdal (Aramaki dans Ghost in th Shell - SAC) dans le rôle de Hoody.
Le packaging et les menus sont fidèles à l’esprit gothique de la série, c’est-à-dire très classieux. Dans cette édition seule l’absence de bonus se fera sentir : les trois bandes-annonces ne sauraient combler les fans.
Il n’en reste pas moins que l’équation série de folie plus édition française réussie nous donne achat obligatoire car Ergo Proxy vous scotchera dans votre fauteuil et restera longtemps l’une des plus belles productions de l’animation japonaise. Vivement la suite prévue pour le mois de juin.
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