Quand le jeu vidéo et le cinéma se croisent en 2001, c’est Square qui créait l’événement en réalisant le premier film d’images de synthèses avec rendu photo-réaliste : Les Créatures de l’Esprit. Frappé du sigle de sa licence phare, Final Fantasy, ce film restera surtout dans les annales comme étant le projet qui faillit mettre à genoux l’éditeur de jeux. Très éloigné dans le script de ce que propose les Action-RPG labellisés Final Fantasy, Les Créatures de l’Esprit, sans être un mauvais film, rencontra en effet un succès d’estime qui ne permit pas à la firme de rentrer dans ses frais. Fort de cette mésaventure, Square jura par tous les saints que cette expérience dans le domaine du film d’animation resterait sans suite...
Retour aux sources.
Oui, mais voilà qu’aujourd’hui ce papier concerne justement un film d’animation photo-réaliste de Square (devenu depuis Square-Enix). Afin d’éviter les déboires déjà rencontrés par le passé, les réalisateurs de cet Advent Children ont décidé de se contenter d’une sortie technique (c’est-à-dire en DVD et UMD seulement, sans passer par la case cinéma). L’idée a de quoi faire frémir et faire redouter le pire quant à la qualité de l’édition française... ou pas.
Car force est de constater que les efforts produits par l’éditeur pour nous offrir un DVD digne de sa mention "collector" sont réels : en plus du film, une deuxième galette contient divers bonus dont un making-of et des scènes supplémentaires. Ne manque qu’un livret de quelques pages ou des lithos pour que le tableau soit idyllique.
Mais ce qui bluffe d'emblée, c’est la qualité réelle du doublage français : le jeu des acteurs d’une part, qui, s’ils n’ont pas grand chose à dire, soyons honnête, le font toujours avec une conviction naturelle et les timbres de voix choisis d’autre part, qui renforce d’autant l’impact visuel du design des protagonistes. Les pistes sonores proposées en DD 5.1 aussi bien en VO qu’en VF manquent hélas d’impact au niveau du mixage spatial, et c’est là le seul véritable grief que je formulerai contre cette édition.
Il est communément admis par les fans de la série Final Fantasy que le 7ème volet reste à ce jour le plus réussi. Fort de cette constatation, Advent Children fait directement suite à l’histoire narrée dans ce 7ème opus. Celle-ci prend place deux ans après les événements du jeu vidéo précisément. L’intervention de la Rivière de la Vie a certes permis d’épargner la planète et de mettre fin aux actions de la Shin-ra mais elle a, en contre-partie, occasionné de lourds dégâts que le temps n’a pas réussi à effacer. En parallèle une étrange épidémie se répand et commence à faire des victimes.
Alors qu’il se morfond, emprisonné dans le souvenir de la mort d’Aeris, Cloud (le héros du jeu vidéo) cache, lui aussi, des géostigmates, marque de la maladie qui le ronge. Il n’est plus que l’ombre de lui-même, perd goût à la vie et semble résigné à succomber. Mais trois individus ne tardent pas à l’attaquer et lui réclament "mère"...
Une bonne surprise.
On est bien loin des Créatures de l’Esprit avec ce film. Ce dernier avait l’avantage de prétendre s’adresser à tout novice ou étranger à l’univers Final Fantasy. Cet Advent Children n’est pas estampillé Final Fantasy VII pour rien : il est destiné avant tout aux fans inconditionnels qui retrouveront tous leurs héros dans des combats très "manga" qui feraient passer les chorégraphies des Matrix pour de la danse classique. Square-Enix ne s’y est pas trompé et propose un résumé de l'épisode précédent en début de film, mais également de revivre les instants importants du jeu vidéo (en bonus sur la première galette) afin d’adhérer plus aisément à l’histoire.
Et cela marche! La qualité technique de l’animé est exceptionnelle si l’on excepte une légère propension au flou à l’image. Celles-ci, d’une rare beauté, mêlent à la fois minéral et organique dans des tons pastel, frais et très doux donnant un vrai cachet à la photographie et lui conférent une mélancolie qui fait échos à celle de Cloud.
Les personnages sont plus typés manga que ceux du premier film et cela n’est pas un mal ; on s’accommode plus aisément de leurs attitudes et on en excuse d’avantage l’aspect artificiel. Etrangement ce sont les animaux qui choquent dans cet épisode. A ce titre la scène d’ouverture nous montre trois sortes de chiens rouges à l’animation perfectible.
On regrettera aussi la présence de personnages secondaires caricaturaux comme Reno et Rude qui ne font en aucun cas avancer l’histoire et relève plus de "clowns à la japonaise" qu’autre chose. Ils sont d’autant plus ridicules que face à eux se trouve Kadaj qui, pour moi, est l’un des character design les plus réussi qui soit. Ce personnage névrosé n’est d’ailleurs pas sans rappeler Dio de Last Exile, un autre déséquilibré.
Sa présence éluderait tous les autres personnages par sa classe, son charisme et sa densité psychologique (toute relative) si face à lui il n’y avait un Vincent ténébreux aux allures de Raziel et un Cloud qui en jette avec son énorme épée.
A côté de cela, les petits messages subliminaux glissés au cours de l’animé - entre autre, garder espoir en toutes circonstances - l’empêchent de sombrer dans la mièvrerie et c’est heureux. C’est donc un sentiment de réussite qui prédomine après le visionnage du film. Un sentiment si vivace qu’il me conduit à me demander si Square-Enix n’envisage pas une sortie en salle en cas de succès du DVD.
L'avenir nous le dira. Je vous invite, dans tous les cas, à visionner cette galette qui s’adresse à toute la famille et saura impressionner l'auditoire par sa maîtrise technique et artistique. |