Un axiome riche en idées diverses peut-il toujours conduire à une œuvre originale et incontournable? Pour répondre à cette question accueillons notre invité du jour, M. Gantz. Alors, monsieur Gantz, vous êtes un animé de réputation mondiale, adapté du manga éponyme de Hiroya Oku. Merci d’être parmi nous et de bien vouloir participer à notre grand débat du jour en témoignant pour nous...
Métro, boulot, dodo... éternel.
La série Gantz est réalisée par les studios Gonzo (déjà connus, entre autre, pour leur merveilleux Last Exile), édité en France par Pathé! dans la collection Asian Star, elle est composée de 26 épisodes. Le packaging répond à la chartre de la collection, c’est-à-dire soigné avec de grands et beaux artworks sur chaque boîtier plastique, le tout dans un écrin de carton aux même couleurs.
Chaque volume renferme 6 épisodes répartis sur deux DVDs, à l’exception du dernier volume qui comporte 8 épisodes et un troisième DVD en sus pour les bonus. Ce choix permet d’avoir un master exempt de défauts apparents de compression. La série est proposée au format 16/9 compatible 4/3 et nous offre deux pistes sonores : une VOST en stéréo, seulement, et une VF en DD 5.1. Ceci étant, la VF assez insupportable vous obligera à vous contenter de la VO.
Kei Kuruno est un étudiant banal, toujours puceau, il gaspille son argent en magazines dont les pages sont couvertes de filles nues. Il n’aime personne : la société le dégoûte, les gens le fatigue et son nombrilisme est sans borne.
Alors qu’il rentre chez lui en métro, comme chaque soir, il assiste à la chute d’un clochard sur la voie. Comme personne ne semble se soucier du sort du pauvre hère, un grand gaillard décide de descendre sur les rails et d’en extraire le poivrot. Seul, c’est mission impossible tant il manque de sang dans l’alcool du SDF.
Ce samaritain répond au nom de Masaru Kato. Il s'avère être, en fait, un ami d’enfance de Kei. Lorsqu’il le reconnaît, Kuruno n’a guère d’autre choix que de prêter main forte au sauveteur. Alors qu’ils parviennent à hisser le malheureux hors de la voie, le métro arrive à pleine vitesse, délestant Kuruno et Kato de leur tête.
Les dernières pensées de l’un vont à la haine profonde qu’il voue à la société et les pensées de l’autre à son petit frère qui l’attend à la maison et qu’il ne reverra plus. Mais contre toute attente les deux jeunes gens se retrouvent entier dans une salle, enfermés avec d’autres "morts" et une boule noire d’un bon mètre diamètre. Lorsqu’elle s’ouvre, dévoilant de nombreuses armes, elle confie à la défunte communauté la mission de chasser un certain homme-poireau...
Une époque formidable.
Autant vous prévenir tout de suite ; Gantz n’est pas un animé à mettre entre toutes les mains. D’un impact rare, la série se permet tout : sexe, violence, sadisme... Pourtant rien dans cet animé n’est condamnable tant il est une incroyable parabole sur la bêtise humaine en général et une critique acerbe de la société japonaise en particulier.
Tout y passe : la solitude des petits étudiants, la pression des parents pour la réussite de leurs enfants, la violence et le racket à l’école, la maltraitance familiale, la crise d’adolescence et les premiers émois sexuels, les tentatives de viol, les guerres entre bandes de voyous, la lâcheté et l'égocentrisme des gens, les difficultés d’intégration dans une société de plus en plus impersonnelle et égoïste, le morne quotidien avec le spectre persistant de la crise économique... Avec Gantz, c’est tout le mal-être du monde moderne qui est dépeint et qui en prend pour son grade.
Cela nous est montré soit au travers des pensées de Kuruno, soit en suivant un des protagonistes dans sa vie quotidienne. Et le spectacle n’est pas réjouissant. Tout est montré à la loupe pour souligner certains aspects nauséabonds de la société japonaise, mais le trait, s’il est forcé, est aussi contrebalancé par la présence d’un Kato très humain, fervent défenseur de la vie, de la justice et de la moralité. Ceci étant, heureusement que le message est bien là, car vidé de cette substance il ne resterait pas grand chose d’exceptionnel à la série.
Produit au moyen des dernières technologies en matière de mélange 3D et dessins traditionnels, on ne pas dire que Gantz soit exempt de défauts. Le recours systématique aux images de synthèse est justifié par une mise en image dynamique qui s’autorise parfois des effets de caméra encore jamais utilisés. De ce point de vue le générique d’ouverture est une vitrine technique réussie.
Hélas, tout se passe comme si la totalité du budget était passée dans l’imagerie virtuelle. Ainsi l’animation traditionnelle souffre trop souvent d’approximations voire d’errances avec des mouvements parfois bâclés et des dessins trop peu détaillés et précis. Et c'est, bien entendu, dommageable à l’intégration des images en 3D.
A dire vrai, l’animation traditionnelle de Gantz est à des années-lumière des standards actuels. Seul l’épisode 19 parvient à tirer son épingle du jeu par son impact visuel et le soin apporté à l’animation. La différence est très aisément perceptible avec l’ensemble des autres épisodes : c’est le problème quand diverses équipes s’occupent d’une même série.
Si l’intérêt de l’animé est certain pour qui saura y voir autre chose qu’une bête suite d’évènements pornos et gores, je ne saurais le conseiller qu’à un public très averti et informé sur son contenu. Cependant, Gantz dérange moins par ses images que par la critique virulente et peu complaisante qu’il fait de la société moderne. Un animé qui a beaucoup à dire, plus ou moins pénalisé par une technique perfectible, un recours parfois gratuit à la violence et handicapé par une fin obscure voire inutile. Cette série restera, malgré tout, dans les annales comme l’une des plus atypique produite par l’industrie japonaise, méritant d’être vue ne serait-ce que pour parfaire sa culture générale. |