Les jeunes studios Gonzo veulent jouer dans la cour des grands. C’est ainsi que début 2006 sortait sur les écrans leur premier long métrage : Gin-iro no Kami no Agito (Agito aux Cheveux d’Argent). Sorti au cinéma dans l’hexagone, cet été, sous le nom d’Origine, l’animé édité par Kaze est aujourd’hui disponible dans les bacs.
Mère Nature s’en va en guerre.
Il y a 300 ans une expérience menée sur la Lune a mal tourné. Elle visait à faire pousser des plantes sur le sol stérile du satellite. Mais, dotés d’une volonté propre, les végétaux se sont rebellés et ont attaqué les humains sur Terre pour reprendre les terres qui leur avaient été dérobées au fil des siècles par l’Homme et sa soif d’expansion.
C’est dans ce nouveau monde que vit Agito, jeune garçon de la Cité Neutre. Alors qu’une partie de la population souhaite reprendre l’avantage sur la forêt, la Cité Neutre prône l’harmonie avec celle-ci. En échange de ce pacte de non-agression, la flore offre l’eau indispensable à toute vie et un air respirable.
Mais un jour, Agito découvre une machine du passé à l’intérieur de laquelle séjourne, maintenue en vie depuis le cataclysme, une jeune fille du nom de Toola...
Durant 95 minutes les studios Gonzo vous invitent donc à suivre les péripéties des deux jeunes gens mais autant le dire tout net, pour cette première dans le monde du grand écran, les prises de risque sont minimes et les références aux ténors du genre, légions. Ainsi, le film puise son inspiration dans les œuvres majeures d’Hayao Miyazaki telles que Nausicaä de la Vallée du Vent ou Princesse Mononoke, sans jamais en atteindre le génie ou ne serait-ce que la simplicité. Certaines séquences à l’impact réussi, piochent également sans vergogne leurs idées dans les productions de Katsuhiro Otomo, Akira et Steamboy en tête.
Si le novice ne fera pas le lien entre tous ces films, il ne pourra passer au travers du manque certain de consistance de celui-ci. Cette carence de personnalité est en grande partie imputable au scénario sans génie (pourtant issu d’une œuvre d’Umanosuke Iida à qui l’on doit Nausicaä justement et Le Château dans le Ciel) et somme toute déjà vu mais également aux personnages plutôt creux de l’anime.
C’est une déception d’autant plus grande que les productions japonaises s’attachent de plus en plus à développer l’aspect psychologique des intervenants d’une histoire tandis qu’Origine nous ressort le bon vieux couplet du jeune héros volontaire prêt à tout pour protéger et son peuple et une jeune jouvencelle. Pourtant il y avait matière à développer le background d’au moins deux personnages : Toola et Shunak. De l’une on ignore finalement tout de sa vie passée, de celles et ceux qu’elle à perdu au moment de l’attaque des plantes, de l’autre on ne comprend ni les motivations, ni les sentiments.
On reste ainsi dans un flou artistique que l’on devine involontaire. Pourtant, le film se laisse regarder avec plaisir, sans prise de tête - c’est pas le message "attention les hommes, il va falloir faire gaffe à la santé de la Terre" qui vous obligera à activer vos neurones - et la maîtrise technique dont fait preuve Gonzo n’est pas étrangère à la chose.
La forme sans le fond.
En effet, s’il est un domaine dans lequel Origine excelle c’est bien la mise en image. De façon générale, les studios Gonzo ont systématiquement recours aux CGI et l’utilisation de ces images générées par ordinateur les amènent trop régulièrement à bâcler l’animation traditionnelle de leurs séries. S’en suis un déséquilibre inesthétique pour un trop grand nombre de leurs titres (voir Burst Angel, Gantz ou encore Hellsing).
Origine ne tombe pas dans le panneau. L’animation est très bonne, les images de synthèses se fondent avec douceur dans l’image 2D et chaque décor est un bonheur de minutie. Les couleurs claquent, magnifiées par le travail exemplaire de Kaze sur la compression du film. Cette dernière est d’ailleurs invisible, même sur les récents écrans plats pourtant cruels à ce niveau.
La maîtrise technique fait plaisir à voir, d’autant que les musiques de Taku Iwasaki ou les deux titres de Kokia se marient admirablement avec l’image. Le design est également une réussite à mettre au crédit de Kouji Ogata qui signe là un dessin tout en rondeur et en douceur qui confère beaucoup de poésie au film. Pour son premier long métrage, Keiichi Sugiyama semble donc s’être focalisé davantage sur le rendu d’Origine que sur son contenu.
Kaze, qui n’hésite plus à promouvoir les animes dans les salles obscures, s’est fendu d’une édition de grande qualité puisqu’en plus d’un master sans défauts apparents, le film a le bon goût de nous être proposé en stéréo et en Dolby Digital 5.1, en VF comme en VOST. Deux formules sont envisageables pour acquérir le bébé. La version simple aux alentours de 20 euros est de toute beauté : la boîte est un livre illustré (croquis, fiches de personnages) renfermant la galette du film. Le coffret collector disponible au double du prix (ouch!) est constituée de deux galettes supplémentaires (making of, pilote du film, extraits préparatoires, bandes annonces, interviews), d’un morceau de pellicule et d’une quinzaine de cartes. Côté éditeur c’est du très bon travail.
Origine me pose un cas de conscience : pas foncièrement mauvais mais trop simpliste, techniquement de haute volée et proposé dans une édition comme on en voit trop peu en japanim’, le film aura du mal à accrocher le public, à le convaincre. Un film que les non-initiés regarderont d’un œil distrait et qui ne rencontrera sans doute qu’un succès d’estime. Un film surtout qui n’est qu’une première fois, il ne faut pas l’oublier. Une demi-réussite ou un demi-échec c’est selon. Un film, enfin, qui nous fait d’ores et déjà espérer beaucoup des studios Gonzo à l’avenir.
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