Quoi de plus banal que de voir une équipe d’animation japonaise œuvrer à la réalisation d’une série mettant en scène des personnages au Japon féodal? Imaginez maintenant que ce même animé soit un concept à lui tout seul ; un mix improbable entre la culture hip-hop et le film de samouraï. Imaginez ensuite que le groupe en charge de la production soit trié sur le volet afin de ne faire participer au projet que l’élite de la profession. Imaginez toujours que chacun des épisodes fourmille d’idées à foison, de combats de sabres dynamiques et chorégraphiés au poil, le tout enrobé d’un humour décapant. N’imaginez plus : vous êtes juste face à Samurai Champloo.
Dream team.
Il est certain qu’après une telle introduction les lecteurs intuitifs que vous êtes se doutent bien de la direction que va prendre cet article. Oui, mais voilà que je m’en vais vous expliquer pourquoi cette série mérite tant d’éloges et pourquoi elle va vous enthousiasmer.
Si je vous dis : Watanabe Shinichirô, Nakazawa Kazuto ou Maeda Mahiro cela ne vous dit sans doute pas grand chose. Le premier n’est rien de moins que le réalisateur de la série Cowboy Bebop adulée par de nombreux amateurs d’animés de tous bords (même les réfractaires à la japanim’ c’est dire). Il a aussi dirigé la réalisation de deux épisodes d’Animatrix des frères Wachowski, dont le sublime Une Histoire de Détective. Le second a participé activement à la partie animée de Kill Bill Volume 1. Quant au dernier on a pu juger de son talent avec les deux courts-métrages Seconde Renaissance d’Animatrix. Je vous avais prévenu ces gars là sont tout, sauf des amateurs.
Réunir tant de talents pour un seul projet peut tout à la fois être une bénédiction... ou augurer du pire. Nombre de productions ont recours à de grands noms pour palier au manque cruel d’inspiration. Le Staff de Samurai Champloo a donc de quoi laisser perplexe.
L’auditoire dubitatif introduit donc la galette de douze centimètres sans trop d’illusions. La zic du générique plutôt sympa dans son approche hip-hop, à des années-lumière des habituelles J-pop, séduit d’emblée, d’autant que l’animation du-dit générique dépote bien. Rien d’étonnant à cela lorsque l’on sait que le petit gars en charge de sa réalisation a lui aussi œuvré dans un des sketchs d’Animatrix (et oui, encore, ils sont malins les Wachowski).
La série s’ouvre sur une petite phrase. Une phrase surprenante, à l’impact évident et qui éveille immédiatement la curiosité. En substance : "Cette histoire est une pure fiction. Des parties de celle-ci diffèrent totalement des faits réels. Faites silence et regardez". On se retrouve alors à l’ère Edo pour y découvrir deux personnages en mauvaise posture puisque sur le point de se faire exécuter par des samouraïs à la solde d’un seigneur peu scrupuleux. Afin de nous expliquer comment les deux malheureux en sont arrivés à de telles extrémités, un panneau nous invite à remonter un jour plus tôt... Le plan suivant nous montre alors une rue moderne, un jeune dansant sur la musique de son baladeur tout en marchant. Retour du panneau avec cette fois la mention "1 jour" accompagné d’un point d’exclamation. L’action se rembobine enfin sur la scène qui nous intéresse.
Vingt-cinq minutes dans une lessiveuse.
Le ton est donc donné en une minute. La série, bien qu’ancrée dans une réalité historique, est bardée d’anachronismes et de délires en tous genres propres à l’humour jeuns’. En l’espace de vingt-cinq minutes le rythme effréné de l’action, le découpage nerveux des séquences encadrées de coups de scratch, le bal aérien des joutes au katana, les beat hip-hop et l’animation hallucinante vous bourrent le pif a grands coups de mandales. On est juste éberlué par tant de maîtrise toute de décontraction mêlée.
L’histoire, en elle-même, narre les aventures d’un trio de parias, de marginaux qui n’ont que leur condition en commun et qui vont se retrouver liés les uns aux autres par une quête absurde : trouver un samouraï à l’odeur de tournesol. Les péripéties de Mugen, Jin et Fuu nous propulsent dans de situations rocambolesques pendant 26 épisodes dont on ne craint inévitablement qu’une seule chose : que le punch du premier épisode ne se retrouve pas dans les 25 autres.
S’il est vrai que tous n’arrivent pas à ce niveau d’excellence, la qualité de l’animation, du trait et de l’écriture est assez constante pour ne pas avoir le sentiment de s’être fait rouler par un pilote survolté. Au côté de passages survitaminés on trouve même une petite place pour l’émotion. Jamais larmoyantes ou artificielles ces séquences sont une plus value qui humanise un peu plus des personnages hauts en couleurs. Et les personnages sont justement la clef de voûte de cet animé aux allures de clip.
Samurai Next-Gen.
Le génie de cette série ne se limite pas à un aspect technique irréprochable ou à des idées habilement mises en scène, ce qui serait déjà une bien belle chose pour de nombreuses productions insipides. Samurai Champloo relève davantage de l’alchimie (naaan rien à voir avec FMA) ou d’une recette parfaitement composée. Rien d’étrange alors que la série elle-même fasse référence à un terme culinaire : champloo signifiant mélange, assortiment.
Si la fusion Japon féodal culture hip-hop est au cœur du concept, c’est bien le trio de comparses qui donne tout son charme à la série : Mugen en premier lieu est, sans nul doute possible, le plus charismatique du groupe. Il est aussi tout le symbole de l’animé puisque son style peu académique mélange technique de combat au sabre et figure Break Dance, voire Capoeira. Bandit à la retraite, la quête d’un adversaire à sa hauteur le met face à Jin. Ce dernier est un rônin* plus ou moins en cavale dont le caractère anachronique ne se manifeste pas dans son maniement du katana - on ne peut plus respectueux des codes du genre - mais dans ses lunettes de vue. En plus de lui conférer un aspect sérieux voire intello, elles sont complètement en décalage avec l’époque. La jeune Fuu (quinze printemps) vient compléter ce tableau ; gaffeuse et maladroite, c’est elle qui entraîne les deux autres dans sa recherche du samouraï à l’odeur de tournesol en leur faisant prêter serment de l’aider.
On suit alors l’équipage de vagabonds qui a bien souvent comme occupation principale de se trouver de quoi se sustenter. Ce leitmotiv est l’un des ressorts comiques récurent de l’aventure. Fuu joue régulièrement la donzelle en détresse se faisant kidnapper plus que de raison. Certains épisodes sont de purs délires et tentent de lier personnages historiques et facéties des auteurs : un des épisodes fait par exemple référence à un certain Van Gogh pour expliquer l’origine de son inspiration artistique faisant référence à ses célèbres toiles sur les tournesols. Un grand moment.
Cette série épicée est éditée chez Dybex. L’éditeur belge propose en ce moment même une réédition sous forme de volume simple à environ 17 euros. Le cinquième et avant dernier tome est attendu dans les bacs le 26 octobre, mais je ne saurais trop vous conseiller d’investir plutôt dans les deux coffrets digipacks encore disponibles à la vente pour 35 à 40 euros pièce. Ils constituent un choix plus judicieux et moins onéreux.
La série bénéficie du format 16/9 compatible 4/3 et l’on vous laisse le choix entre trois pistes audio : la VF en stéréo, la VOST en stéréo et en 5.1. Pour profiter à fond de cette série ô combien exceptionnelle, je vous conjure la visionner en VOST tant le fossé entre les deux versions est important : la version française n’est pas mauvaise en soit mais elle ne parvient pas à la cheville de la version japonaise, ni en terme d’impact, ni dans le choix des voix. Mugen et Fuu en tête sont impayables dans la version originale.
Bref vous l’aurez compris, cette série est un incontournable, que dis-je, un monument qu’il faut absolument posséder que l’on soit, ou non, fan de japanim’. A voir, à revoir et faire découvrir d’urgence!
* Samouraï sans maître, très répandu à l’ère Edo. |