Quitter Squar-Enix et la saga qui l’a fait connaître, Final Fantasy, en créant son propre studio, Mistwalker, était un pari risqué pour Hironobu Sakaguchi. Développé son premier RPG sur une console autre que celle de Sony, un véritable défit : le début d’une nouvelle aventure. Pour ce premier projet, le maître a su s’entourer de quelques sommités comme Nobuo Uematsu, compositeur de la saga FF, sans doute attiré par l’envie d’éprouver sa créativité avec de nouveaux projets, et d’Akira Toriyama auteur des séries Dragon Ball et Dr Slump mais surtout designer d’une autre grande licence du RPG nippon : Dragon Quest. C’est sous l’impulsion de ses grands noms que naquit Blue Dragon...
Comme un air de déjà-vu.
Autant le dire sans détour, après quelques heures de jeu le constat est sans appel : Blue Dragon est classique. Ce n’est absolument pas un signe de mauvaise qualité en soi, mais cela dénote d’un manque réel de prise de risque de la part de Mistwalker, qui, on le comprendra, a voulu assurer son premier bébé.
Dans le détail, la mise en scène ressemble comme deux gouttes à celle d’un Final Fantasy alors que le déroulement du scénario apparaît calqué sur celui d’un Dragon Quest. Tout commence par l’attaque du village de Talta par un requin terrestre (ndGargoyle : !), lequel détruit entièrement ledit village. Trois jeunes gens essaient cependant de l’en empêcher : Shu, une tête brûlée, Jiro, une tête pensante et Kluke, une tête blonde orpheline. Leurs aventures les amène très tôt à faire la connaissance de Néné (ndGargoyle : re !), le grand méchant du jeu. Nos jeunes héros obtiennent par la suite leurs ombres, représentant différents animaux fantastiques et leur octroyant des pouvoirs magiques. Deux autres personnages les rejoindront bientôt : Marumaro, de la tribu Devee (un mix entre un Ewok et un diablotin jaune), et Zola, une pirate de l’air.
Si le design des personnages est assez quelconque, très loin en tout cas de ce à quoi nous avait habituer Toriyama, le bestiaire est une véritable réussite qui nous gratifie régulièrement de quelques hilarités à l’image du serpent fécal (voir photo). D’un point de vue graphique ce n’est pas toujours le bonheur non plus avec des environnements souvent bien vides même s’ils restent travaillés et qu’ils nous offrent parfois de très jolis décors comme dans la caverne sous-marine, ou le village de Lago.
La bande sonore par contre ne souffre aucun reproche ; elle est tout simplement magistrale. Les compositions de Uematsu sont dans le ton et ce nouveau projet qui semble lui avoir redonner tout son allant artistique, en déclin depuis son travail sur Final Fantasy VI.
Le combat, c’est la santé.
Le système de combat, s’il reste académique dans son déroulement, apporte tout de même son lot d’innovations. Outre le fait de voir vos ennemis sur la carte, vous pouvez aussi les cibler pour les attaquer en premier, mais aussi pour combattre plusieurs groupes de monstre à la fois. Lors du ciblage, une zone en forme de cercle apparaît autour de votre personnage et tous les ennemis dans la zone seront à combattre. L’avantage de ce procédé est double : non seulement on gagne plus d’expérience, mais si deux espèces de monstres sont ennemies, elles lutteront l’une contre l’autre avant de s’en prendre à vous. Les combats s’en trouvent facilités, même s’ils n’avaient vraiment pas besoin de ça car le jeu étant vraiment d’une facilité déconcertante.
Autre nouveauté durant les combats, la possibilité de charger vos magies ou certaines attaques, afin de les rendre plus puissantes. Plus le temps de charge est long, plus l’attaque sera retardée par rapport à l’ordre établi : une jauge permet de savoir quand le personnage va agir. Un nouveau système qui ajoute un peu de piment aux batailles.
A la manière des premiers FF, vos personnages, lorsqu’ils ont obtenu leurs ombres, pourront se spécialiser dans une classe pour améliorer leurs capacités et apprendre de nouvelles compétences. Ainsi, vous pourrez choisir entre Mage Blanc, Mage Noir, Maître Epéiste au départ, puis en débloquer d’autres en montant de niveau. En tout il en existe neuf. De base, un personnage peut avoir 3 compétences en plus de celle imposée par sa classe. Les combats permettent de faire monter le niveau des classes pour débloquer de nouvelles compétences.
Nippon, ni mauvais.
Le jeu de mots est pourri mais résume assez bien le jeu finalement. Le soft n’est pas exempt de défauts. Outre les décors assez vides évoqués plus haut, un flou permanent est présent lors des déplacements, s’il peut s’expliquer par l’impression de découverte liée au déplacement, est trop prononcé à tel point qu’on à l’impression d’évoluer en permanence dans des zones à fortes chaleurs où les vapeurs masqueraient la vue du joueur...
De même, on remarque de nombreux ralentis pendant les combats et durant certains déplacements sur la carte, ce qui, au vue des graphismes, relève davantage d’un manque de maîtrise des compétences de la 360 que d’un réel problème technique. La caméra connaît aussi des problèmes de placement vous obligeant souvent à la repositionner. Enfin, si les voix du doublage français sont bien choisies, leur jeu n’est pas du tout dans le ton des personnages et l’absence des voix japonaises se fait vite sentir.
Si la trame principale est plutôt gnangnan, surtout au début, les rebondissements nombreux ménagent un suspense de bon aloi où l’on reconnaît bien la patte de Sakaguchi. Une histoire passionnante à souhait qui nécessite largement ses 3 DVD.
Au final, ce Blue Dragon est vécu comme un premier essai sans éclat de la part de Mistwalker, dont on attend vraiment plus avec Lost Odyssey. Cependant, le jeu reste plaisant, accrocheur et indispensable pour tout amateur de RPG possédant une 360 car, en l’absence de réels concurrents, ce titre est le seul représentant valable de cette catégorie. Il serait dommage de le bouder.
Note : la plupart des magazines et des sites français avaient reçu une version anglaise de Blue Dragon qui comporte les langues anglaises, japonaises et françaises. Or, Microsoft, dans sa distribution en France a fourni les copies italiennes. Le doublage japonais est donc absent des versions françaises et remplacé par l’italien. |