
Une balade ça vous tente? Enfin une balade un voyage plutôt… bon d’accord c’est un périple en fait. Ca ne vous effraie pas car vous êtes un warrior et vous avez du temps à tuer? Et bien Oblivion est un jeu fait pour vous!
Hey mec! Fermes la porte, ça fait courant d’air!
Ca sonne bien Oblivion : rien qu’au nom on a déjà envie de fouler les vertes contrées alentours, écouter le vent qui se perd dans les arbres, le gazouillis mutin des rossignols, le chant de l’eau courant sur les cailloux... enfin oui, ça c’est ce qu’on imagine quand on se lance dans l’aventure pour la première fois. Et l’aventure justement, elle débute plutôt mal : vous êtes prisonnier dans les geôles de la cité impériale. Heureusement ça ne va pas durer car vous êtes rapidement rejoint par l’empereur lui-même qui tente de fuir des assassins.
Je sais, au prime abord on voit pas le lien entre la prison et la nécessité de fuir : et bien figurez-vous que dans votre cellule se trouve un passage secret menant hors de la cité. Et oui. Je sais pas vous, mais avec moi l’architecte qui a conçu des plans aussi foireux pour une cité impériale aurait fini écartelé. Complètement débile une sortie de secours dans une cellule. Enfin, passons c’est pas le sujet. Comme l’empereur est super cool, il vous laisse en profiter pour prendre la tangente.
Ce que l’on prendrait pour de l’altruisme est en fait vachement intéressé. L’empereur est issu d’une lignée de sage pouvant percevoir l’avenir - il a même prédit son propre assassinat (ça me foutrait les boules moi à sa place, mais c’est toujours pas le sujet) - et il semble penser que vous avez un rôle à jouer dans les évènements funestes qui obscurcissent le ciel. Vous ne tardez pas à être attaqués par les fameux assassins et vous profitez des premières escarmouches pour fouiller les corps inertes des vaincus à la recherche d’une arme.
Ainsi équipé, vous entreprenez de quitter pour de bon les sous-terrains de la cité, tandis que l’empereur et son escorte, vous laissant en carafe, fuient de leur côté. Quand vous les retrouvez un peu plus tard, ils sont toujours aux prises avec lesdits assassins et échangent, avec eux, coups et phrases amicales du genre : "je vais t’envoyer tout droit dans l’Oblivion!". Là, on comprend d’un coup que l’Oblivion ça doit pas être si bucolique que ça!
En effet, l’histoire prend place dans la province de Cyrodiil et ce sont ses verts pâturages, à elle, que vous aller arpenter. Imaginez-vous, par ailleurs, que rapidement, vous aller avoir pour mission de refermer les portes des enfers... les enfers en question portant le nom d’Oblivion. Et voilà, ça change tout...
Réalité toujours virtuelle.
Je dois vous avouer qu’Oblivion est le premier titre que j’attendais vraiment sur la Xbox 360. C’est, à l’heure actuelle, LE jeu (avec Project Gotham) le plus abouti, sur la console de Bilou, d’un point de vue technique. Dès le lancement de la machine on se prend dans la tronche un super combo de claques magistrales liées à la qualité du moteur 3D. Et le décrochage de mâchoire continuera tout au long de l’aventure : la richesse, la démesure et la cohérence architecturale des chaumières, des égouts, des temples, des forts ou l’aspect organique de chaque brin d’herbe, chaque arbre, chaque rocher, chaque grotte, laissent sans voix. Et je pourrais m’appesantir de la même façon sur le réalisme des visages des protagonistes que vous serez amené à croiser. Indescriptible, il faut le voir pour le croire.
Et le moteur physique alors? Un modèle du genre, ni plus ni moins. Il n’est pas rare par exemple de se déplacer dans un sous-terrain humide et de buter sur un objet métallique que l’on envoie valdinguer à quelques pas de soi ; le cliquetis du fer sur la roche nous interpelle et l’on se prend à scruter le sol à la recherche de l’objet en question : en toute honnêteté je n’ai jamais vu ça et je n’ai jamais ressenti une telle immersion dans un jeu de rôle console. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, d’un jeu de rôle pure souche et pas d’un jeu d’aventure-action un peu creux comme on en connaît avec la série des Final Fantasy. C’est un jeu pour mecs qui dégage aussi, il faut le reconnaître, moins de poésie qu’un Zelda.
Mais c’est dans sa crédibilité que réside sa plus grande qualité. Alors pourquoi, quand tant d’efforts sont consentis, tant de génie mis en œuvre pour placer le joueur en situation de réalité virtuelle, pourquoi faut-il que Bethesda Softworks, à qui l’on doit la série des Elder Scrolls, nous gratifie d’animations parfois à la limite du honteux. Je ne parle pas ici de l’animation générale du soft, au demeurant excellente et ce en dépit des ressources qu’elle doit réclamer à cette pauvre 360, je parle du détail.
Du détail certes, mais du détail qui tue. Deux vues vous sont proposées et si en général chacun reconnaîtra que la vue subjective est plus indiquée pour l’immersion et pour la jouabilité des combats, la vue à la troisième personne vous servira surtout pour voir de temps en temps à quoi ressemble votre avatar. Hélas, dès le premier saut, dès les premières courses on a vite fait de revenir en vue à la première personne tant l’animation de son héros est risible.
Pire : le cheval, ce fier ami de l’homme qui vous servira de moyen de locomotion au cours de l’aventure, est, d’après moi, un des éléments les plus bâclés du jeu. Modélisation ratée - sérieusement il est trop petit ce cheval, et il à un regard bovin qui rappelle plus un âne que le fidèle destrier qu’on est en droit d’attendre -, animation ridicule qui fait très mauvais genre quand on a vu ce qu’il était possible de faire sur d’autres softs... suivez mon regard. Ce qui m’amène à penser que c’est un élément rajouté à la dernière minute c’est l’impossibilité de se battre sur son dos. Bref pour se déplacer rapidement on aura plus souvent recours à la marche - ce qui améliorera l’athlétisme de votre avatar de surcroît - ou au voyage instantané inclus dans le jeu.
Un autre problème est lié intrinsèquement à la VF. Je milite pour que certains jeux, tel Oblivion, nous soient proposés en VOST. Car rien n’est plus rageant qu’un PNJ (personnage non joueur) dont la voix change en cours de route, rien n’est plus frustrant que des textes écrits sans ponctuation, voire avec des fautes éhontées : toutes, je dis bien toutes les potions on un effet sur soiT... accablant. Mettez, messieurs les éditeurs, plus de fric dans des traductions littéraires en béton-armé et laissez les voix originales souvent plus dans le ton puisque le coût des acteurs est inclus dans le budget de production du jeu.
Le jeu dont vous êtes le héros.
Alors je le reconnais, je cherche la petite bête car l’impression globale est excellente, et surtout le travail fourni force le respect, mais qui aime bien... Et du respect, de l’abnégation il vous en faudra, de la patience aussi car pour faire le tour de Cyrodiil, pour explorer chaque recoin, tester chaque guilde, trouver toute sorte de quête annexe, il va vous falloir du temps, beaucoup de temps.
On a tous, une fois dans notre vie, essayé différents jeux de rôle. Que ce soit seul face à un bouquin dont on est le héros, entre amis avec des jeux de plateau ou de pures fictions narrées par un maître de jeu, on a en tête une référence de jeux de rôle. Les joueurs qui se jettent dans de telles aventures le savent : l’investissement est grand et il n’est pas rare d’y passer plusieurs journées. Et bien avec ce jeu c’est pareil, voire pire.
Mais Oblivion est plus encore, car il réussi là où Fable avait échoué : l’impact de l’univers virtuel est ici poussé au maximum, les PNJ vivent leur vie, vous aiment ou vous détestent et l’on peut adopter toute sorte de comportement, de la défiance de la force publique à l’assassinat pur. Bethesda Softworks a tout mis en œuvre pour que le joueur s’affranchisse de l’aspect jeu vidéo. Et c’est là leur réussite, leur succès. Un gigantisme qui marquera les esprits de ceux qui s’y abandonneront. Un jeu qui durant les premiers ébats ne manquera pas de vous coller le vertige tant les possibilités sont vastes et tant il est frustrant de se dire : "mince, je passe à côté de quelque chose là, mais quel choix faire en mon âme et conscience?"
Voilà c’est ça Oblivion, un avant-goût des jeux à venir, où l’ambition ne se limitera plus à vendre à tout prix un jeu qui se torche en deux heures, et où le budget communication est plus épais que celui de la production à proprement parlé... Amen. Jeu également disponible sur PC. |