Lorsqu'entre fin 2000 et début 2001 (selon les pays) Phantasy Star Online débarque sur Dreamcast, c’est tout l’univers de jeu vidéo sur console qui se trouve bouleversé. Le premier Action-RPG online accessible aux non PCistes est né. Tout concourt à faire de cet essai de la Sonic Team un coup de maître : graphismes enchanteurs gorgés de vie, character design atypique, gameplay étudié et surtout la possibilité de parcourir les contrées de Ragol, sur le net, en compagnie de trois potes. Après moult éditions et rééditions de son best-seller sur Dreamcast, GameCube, Xbox et PC c’est un Phantasy Star repensé que nous propose Sega avec ce Universe, et c’est à quatre mains que nous nous sommes penchés sur son cas.
Guardian solitaire.
La première chose qui surprend lorsque la page d’accueil de PSU s’affiche, c’est de trouver en premier choix le mode histoire, le second étant le mode online. Sur PSO, beaucoup avaient décrié le mode offline, répétitif et proposant la même histoire que le online, les compagnons de jeu en moins. Pour ce Phantasy Star Universe, la Sonic Team n’a pas reproduit la même erreur et propose un mode original scénarisé. La volonté de l’équipe est forte et explique sans doute ce choix de menu.
L’histoire démarre donc et vous jouez le rôle du jeune Ethan Waber, garçon fougueux qui s’occupe seul de sa petite sœur Lumia, au sein de la colonie des Guardians, l’équivalent des Hunters des anciens épisodes. Ethan ne semble d’ailleurs pas vraiment les aimer (encore une histoire de famille, que voulez-vous?) mais ses sentiments changeront durant le premier chapitre, lorsqu’une attaque sera menée sur la colonie par les SEEDs. Au cours de celle-ci il devra sauver sa sœur grâce aux Guardians justement. Le jeu est découpé en 12 chapitres, chacun étant introduit et conclu par un générique, donnant à l’histoire un cachet série TV, des plus originaux.
Au cours de son périple, le héros voyagera sur les 3 planètes du système Gurhal (Parum, Neudaiz et Moatoob), respectant ainsi une certaine tradition Phantasy Star. Il sera épaulé par d’autres Guardians comme Karen, son instructrice, ou encore Hyuga, Nav, Maya entre autres. Il existe aussi d’autres entités que les Guardians et vous aurez à affronter le collectif d’Endrum, l’énigmatique Magashi, ou encore les Rogues, dirigés par Tylor.
Si le scénario réserve son lot de surprises et se révèle intéressant, il reste en dessous de certaines productions actuelles. Le système de jeu est le même que le online, ce qui reste dommageable car on aurait comme dans tout RPG, ou Action-RPG dans ce cas-là, pouvoir gérer l’équipement de nos compagnons de route, et leur donner des directives à l’image du Gambit de FFXII. En effet, l’IA est assez désolante et on se retrouve souvent à se battre tout seul ou à remonter la vie de tout ce beau monde (même s’ils ressuscitent tout seul au bout d’un certain temps). Enfin, si le changement d’armes et d’utilisation d’items est bien pensé, le mode offline aurait du posséder son propre menu de navigation ou du moins une pause. Enfin, le système des missions aurait pu donner un meilleur résultat, et c’est, sans nul doute, le seul point où le jeu a régressé. Les missions libres proposées sont les mêmes que celles de l’aventure principale, alors que PSO proposait des missions originales.
Un mode bonus offline existe et se débloque à la fin du chapitre 4. Il s’agit en fait de jouer offline avec un personnage créé comme dans le mode online, à la seule différence que les missions jouables seront celles déjà remplies dans l’aventure principale avec Ethan.
Techniquement, le jeu est beau et propose une grande variété de décors (ce qu’il n’y avait pas vraiment dans PSO), notamment sur Neudaiz, où la forêt automnale est bien réussie. Cependant, le soft est plein de petits défauts graphiques : aliasing apparent, du clipping dans les lieux dits "fermés" et des ralentissements importants lorsque beaucoup d’ennemis sont à l’écran (sur la version PS2 testée). Mais le pire reste le doublage. Il lui arrive d’être décalé par rapport aux mouvements des lèvres (comme l’épisode de Mac Gyver où il fait de l’électricité avec un cactus, si, si, je vous jure). Parfois, c’est la traduction qui est longue à venir, ce qui fait que ce qui est dit et ce qui est écrit reste en décalage. La traduction est aussi approximative, mais n’influe pas sur la compréhension du jeu.
Le character-design, de son côté est très inégal. S’il compte un Magashi très réussi, on déplore le ridicule des frères Vol ou encore le manque d’identité graphique des Beasts (excepté lorsqu’ils prennent leur forme animale). Le style graphique des personnages principaux reste tout de même réussi mais ne plaira pas à tout le monde. Pour finir, les musiques sont assez quelconques et lassent très vite. On reste très loin de ce qui fut accompli à l‘époque de la Megadrive sur les PS 2 ou 4 et PSO proposait des thèmes plus joueurs.
Ainsi, PSU en offline reste attrayant et on peut souligner la bonne volonté réelle de la Sonic Team. Mais il faut reconnaître que cette partie du jeu ressemble davantage à un tutorial géant qu’à un mode exclusif.
Un jeu dont on est tous les héros.
L’arrivée de PSO épisodes I et II s’était accompagnée de l’obligation de se munir d’une Hunter Licence, passe-droit payant nécessaire pour goûter aux joies du online. Ce PSU ne déroge donc pas à la règle et même si certains (les joueurs Xbox 360) râleront de devoir débourser pour le Live et pour la licence, force est de constater que Sega se contente toujours de 9,99€ par mois : honnête.
Cette formalité remplie, pour ceux qui connaissent PSO s’entamera alors un jeu des sept erreurs afin d’identifier les différences entre lui et ce PSU. La première d’entre elle, non des moindres, est le fait que désormais les avatars sont tous enregistrés sur les serveurs de Sega, comme c’est déjà le cas pour de nombreux action-RPG sur PC. Si d’un point de vue gameplay (nous y reviendrons) c’est parfaitement justifié, sachez d’ores et déjà qu’après quelques mois passés sans payer la licence vos personnages risquent fort d’être effacés : sic!
Passage obligé avant se lancer dans l’aventure, la création de personnage propose quatre races : les Human, les Neuman, les Cast et les Beast. Pour chacune d’entre elles vous pourrez choisir entre une fille ou un garçon. Les statistiques ne donnent que des informations générales sur ce qu’est capable de d’accomplir chaque race. Les Human apparaissent comme la catégorie la moins spécialisée, ils n’excellent dans aucun domaine particulier. Les Newman sont quant à eux clairement destinés à occuper le rôle de magicien en raison de leurs performances mentales. "Clairement"? Oui clairement mais pas obligatoirement. En effet là où PSO imposait une classe en fonction de la race, PSU laisse le choix au joueur. A tel point qu’un Cast, pourtant le plus mauvais en mental, peut tout à fait tenir le rôle de force. Ils sont cependant d’avantage enclin aux rôles de Ranger, alors que les Beast sont des maîtres dans l’art du combat rapproché.
Chaque classe, à savoir Hunter (expert en armes blanches), Ranger (spécialiste des armes à feu) et Force (mage et guérisseur) peut être choisie en cours de route. Ainsi, si le cœur vous en dit, vous pourrez, avec le même perso, troquer le rôle de Hunter pour celui de Force. Bien choisir sa race est donc primordial car l’évolution et les statistiques d’une race à l’autre sont très différentes.
Cette nouveauté majeure n’est que la première d’une longue liste. Elle induit une nouvelle façon de jouer et d’appréhender le jeu tel qu’il était connu dans PSO. Le jeu online se découpe de la façon suivante : vous posséder une chambre sur la Station orbitale dans laquelle vous pourrez entre autre stocker tous les items que vous souhaitez (jusqu’à 300 items). Un robot semblable à celui de l’aventure offline tiendra lieu de gérant de votre inventaire (mais pas seulement). De la station orbitale vous pourrez vous rendre sur les trois planètes énoncées plus haut. Dans chacune d’entre elles se trouve un comptoir à mission.
Ces missions sont classées en trois catégories correspondant à une difficulté : A, B et C. Seules les C seront accessibles au départ en raison de restriction de level (histoire que vous ne jouiez pas inutilement les kamikazes). Chaque session peut accueillir six joueurs, soit deux de plus que dans PSO. A chaque fin de mission l’équipe se voit attribuer un rang de classement en fonction de ses performances de A pour la meilleure à C pour la moins bonne avec une mention S pour un parcours sans fautes. Les monstres rencontrés ne sont plus aussi idiots que par le passé, ils ont de plus gagné en vélocité. Il est important d’obtenir un bon classement car des points seront attribués aux joueurs afin de faire monter leur classe. Hé oui, dans PSU en plus du level-up de perso on fait du level-up de classe comme dans d’autres RPG en ligne.
La mission terminée le collège de guerrier à droit a un repos bien mérité dans un campement qui ouvre l’accès à un nouveau comptoir proposant lui aussi diverses missions. On se trouve donc face à un système beaucoup moins linéaire que dans PSO. Plus ouvert, il assure des heures de jeux bien plus diversifiées que chez son frère aîné d’autant que les environnements et les ennemis sont nombreux et variés.
Il faudrait des kilomètres pour décrire les possibilités offertes par cette nouvelle mouture de Phantasy Star et encore cela n’y suffirait pas. Sachez pêle-mêle que les Beast peuvent dès le niveau 20 se transformer en bête comme dans le mode offline, que les Cast invoquent des armes SUV (une sorte de grosse DCA), que la création des personnages est riche et variée (possibilité de modifier les visages, la voix et choix séparé au niveau des vêtements entre le haut, le pantalon et les chaussures) que les armes et leur manipulation font également l’objet d’une montée en puissance, que vous pourrez ouvrir un magasin (d’où nécessité de pouvoir laisser vos infos en permanence sur les serveurs Sega)... tout mettre est impossible dans un test.
Après 60 heures de jeu intensif nous sommes péniblement au niveau 28 (alors qu’en offline le leveling est beaucoup plus aisé : niveau 34 en 15 heures) et nous n’avons sans doute touché que le sommet de l’iceberg étant donné que Sega annonce déjà des mises à jour.
Le verdict.
Le jeu accuse un certain retard technique, même sur PS2 et les graphismes, bien que très agréables (les effets de lumières sont très réussis) sont indignes d’une Xbox 360 ; ils restent très supérieurs à ceux de FFXI sur le même support. Sur Xbox toujours, les textes des menus sont ridiculement petits et posent des problèmes de lisibilité (et pourtant le test a été effectué sur un 82 cm!).
Mais PSU est avant tout un jeu bicéphale. Le online n’est pas un mode bonus comme tendrait à le suggérer le choix dans le menu de la page d’accueil, bien au contraire. Si l’intérêt du offline, en dépit des efforts on ne peut plus louables de la Sonic Team, apparaîtra discutable face à d’autres pointures du genre et si son gameplay clairement orienté Donjon-RPG saoulera certains joueurs, on ne peut décemment pas fustiger ce mode honnête. Comme par ailleurs le jeu est sensiblement le seul de sa catégorie à proposer un mode online dantesque, qui rencontre déjà un vif succès (en atteste le nombre de joueurs connectés chaque jour), on se doit de saluer la performance de Sega dont on commençait sérieusement à douter.
Le jeu n’est pas parfait même en online, mais quel pied d’arpenter les contrées de PSU en compagnie d’autres Guardians éparpiller à travers le monde. Il serait d’ailleurs idiot de le boycotter en raison de l’aspect graphique : la vocation d’un jeu est de proposer un gameplay plaisant, ce que PSU réussi à merveille. La note globale tient compte de tout cela. Si vous n'achetez le soft que pour le offline vous pouvez considérer qu’il mérite un B ou un C si vous êtes allergique au genre. Pour les autres, en particulier les fans de la première heure, pas de souci, foncez si ce n’est déjà fait : le jeu en vaut la chandelle. |